DIDEROT, Supplément au Voyage de Bougainville

Dernière mise à jour : 01/10/2008

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« Le Tahitien touche à l’origine du monde, et l’Européen touche à sa vieillesse. »


Portrait de Diderot, par Van Loo

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Les thèmes abordés dans cette œuvre (relativité des cultures, réflexion sur les lois, les valeurs, la nature, l’utopie, la morale sexuelle), œuvre qui combine des emprunts à plusieurs genres : dialogue philosophique, conte, apologue, utopie…en font un complément précieux pour l’étude de la philosophie. La pratique de l’enchâssement (dialogue dans un autre dialogue, conte dans le dialogue), reste conforme à l’esprit du Rêve de D’Alembert, du Neveu de Rameau ou de Jacques le Fataliste.

Diderot présente l’intérêt d’engager un dialogue plutôt que de prêcher une doctrine. Nous vivons un siècle où les valeurs morales et philosophiques se fondent difficilement sur une vérité révélée, mais davantage sur des interrogations, des remises en cause, où le penseur prêche le faux afin de parvenir au vrai. C’est cet exemple, en avance sur son temps, que fournit Diderot dans ses dialogues, comme celui du Supplément.
Les entretiens philosophiques des années 1769-1773 appartiennent à une époque tardive pour l’auteur qui pourrait bien être celle de la maturité : né en 1713, l’auteur approche la soixantaine. Le recours au dialogue, plus conforme à un dessein philosophique, est pour l’auteur le moyen de compléter sa panoplie littéraire, après avoir pratiqué le roman (La Religieuse), le drame bourgeois au théâtre, l’essai (les Salons) et l’exposé didactique (Encyclopédie). À partir du moment où Diderot écrit Le Neveu de Rameau, il entreprend une métamorphose remarquable d’un genre devenu classique comme le dialogue philosophique. L’écriture de son roman Jacques le fataliste, qu’il continue à rédiger pendant la même période, restera imprégnée de cette recherche.

Dès les premières lignes, Diderot inspire au lecteur une attitude de réflexion, de doute, de mise à distance vis-à-vis des évidences :
·        Un brouillard peut cacher un ciel étoilé, mais pourra le faire apparaître tout aussitôt, comme à la fin du Supplément (« il est retombé »).
·        Des coutumes religieuses pourraient n’être dictées que par des nécessités pratiques : exemple, les remèdes à la surpopulation que s’inflige un peuple insulaire, sous forme de sacrifices humains, de mutilations cruelles pour éviter la procréation (un exemple de plus, pour Diderot, de la nocivité des religions).
 
D’emblée, le lecteur est invité à réfléchir sur la relativité des principes de moralité : « tant d’usages d’une cruauté nécessaire et bizarre, dont la cause s’est perdue dans la nuit des temps, et met le philosophe à la torture » (chap. I). Mais c’est aussi la relativité des genres littéraires qui est questionnée dans cette œuvre. Il est par exemple intéressant de constater le « glissement » qui peut s’opérer entre les différentes formes littéraires contenues dans le Supplément : récit de voyage, témoignage, fiction, réflexion sur un problème moral, dialogue philosophique, pamphlet. Les « faux témoignages », par exemple, imaginés par Diderot, contribuent à exprimer plus fermement les critiques des Philosophes sur la colonisation dans ses formes les plus inhumaines, ainsi qu’à représenter l’utopie sociale de Tahiti. De même, les effets de « transparence » dans les dialogues, derrière lesquels réapparaît, à plusieurs reprises, la figure même de l’auteur dans ses prises de position les plus vives.

Les Contes, le Supplément, Jacques :
étranges correspondances…

 Le Supplément fait partie des œuvres courtes écrites entre 1770 et 1772, souvent de caractère dialogique sur les lois, leur origine, leur valeur, comme Les deux amis de Bourbonne, Entretien d’un père avec ses enfants, Ceci n’est pas un conte et Madame de La Carlière. Le Voyage autour du monde, non publié, fut écrit après la publication du Voyage de Bougainville pour la Correspondance littéraire de Grimm. Entre 1765 et 1784, Diderot poursuit la rédaction de Jacques le Fataliste.
Les personnages de ces courtes pièces réapparaissent à la fin du Supplément :

« Tant que les appétits naturels seront sophistiqués, comptez sur des femmes méchantes.
A. – Comme la Reymer. [Ceci n’est pas un conte]
B. – Sur des hommes atroces
A. – Comme Gardeil. [idem]
B. – Et sur des infortunés à propos de rien.
A. – Comme Tanié, Melle de La Chaux [Ceci n’est pas un conte], le chevalier Desroches et Mme de La Carlière [personnages tirés de l’œuvre du même nom].
 
Le voyage de Bougainville

Le séjour de Bougainville à Tahiti est évoqué dans son Voyage (chapitres VIII à X). L’auteur y fait une description idyllique de Tahiti : un « jardin d’Éden ». Il insiste sur la liberté sexuelle des habitants : « Un peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleine mains sur lui. ». Nous retrouvons dans le Supplément cette évocation d’une vie simple, heureuse et libre.
Bougainville affirme la supériorité de la société tahitienne, dont le peuple, « voisin encore de l’état de nature », vit dans une sorte de communisme primitif. : « Il paraîtrait que, pour les choses absolument nécessaires à la vie, il n’y a point de propriété et que tout est à tous. »
Bougainville a évoqué l’attitude inamicale d’un vieillard qui semble craindre « l’arrivée d’une nouvelle race ». Diderot reprendra ce personnage comme orateur éloquent du chapitre II du Supplément : « Ici tout est à tous… Nos filles et nos femmes nous sont communes. ». Il a développé et rationalisé les éléments qu’il jugeait positifs comme la liberté de mœurs ou la communauté de biens, il a éliminé des éléments négatifs, comme les guerres continuelles entre îles voisines, les sacrifices humains, la religion, « les pratiques superstitieuses », « la distinction des rangs ».
Critique de la société française et idéalisation de la société tahitienne apparaissent dans l’article destiné à la Correspondance littéraire. Dans un long discours, Diderot y fait le procès de l’attitude des Européens, « ces hommes ambitieux, corrompus et méchants », « un crucifix dans une main et le poignard dans l’autre ». Ce discours remanié va constituer l’essentiel des « Adieux du vieillard » du chapitre II du Supplément, le vieillard devenant le porte-parole du philosophe.
 
Entretien d’un Père avec ses Enfants

Il s’agit d’un dialogue entre les frères et sœurs de Diderot, divers proches et lui-même, évoquant le cas de conscience vécu par le père, et qui pose le problème du respect des lois et de l’intérêt collectif. Cinq autres anecdotes amèneront Diderot à prendre des positions extrêmes, affirmant que parfois « la loi n’a pas le sens commun », que « la nature a fait les bonnes lois de toute éternité ».
Après le renversement opéré par Montaigne dans le chapitre « Des Cannibales » et Rousseau dans le Discours sur l’Inégalité, le Supplément pose, comme l’Entretien, le problème du fondement de la loi civile. Diderot s’en tient à une attitude prudente : « Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les réforme, et en attendant nous nous y soumettrons » (fin du chapitre V).
Les trois contes Les deux amis de Bourbonne, Ceci n’est pas un Conte et Madame de La Carlière peuvent être considérés comme des apologues, de forme dialogique, et se présentant à la fois comme des récits et comme une réflexion en train de se faire.

 Les deux amis de Bourbonne

Texte qui aborde le thème de l’amitié et du jugement que l’on peut porter sur les actions particulières des hommes.
 Il introduit par la voix de l’auteur lui-même les mérites du « conte historique » opposé au « conte merveilleux » d’Homère ou au « conte plaisant » de La Fontaine. 
« -Au diable le conte et le conteur historique ! c’est un menteur plat et froid. –Oui, s’il ne sait pas son métier. Celui-ci se propose de vous tromper, il est assis au coin de votre âtre ; il a pour objet la vérité rigoureuse ; il veut être cru ; il veut intéresser, toucher, entraîner, émouvoir, faire frissonner la peau et couler les larmes ; effets qu’on n’obtient point sans éloquence et sans poésie. Mais l’éloquence est une source de mensonge, et rien de plus contraire à l’illusion que la poésie : l’une et l’autre exagèrent, surfont, amplifient, inspirent la méfiance. Comment s’y prendra donc ce conteur-ci pour vous tromper ? Le voici : il parsèmera son récit de petites circonstances si liées à la chose, de traits si simples, si naturels, et toutefois si difficiles à imaginer, que vous serez forcé de vous dire en vous-même : « Ma foi, cela est vrai ; on n’invente pas ces choses-là. » C’est ainsi qu’il sauvera l’exagération de l’éloquence et de la poésie ; que la vérité de la nature couvrira le prestige de l’art, et qu’il satisfera à deux conditions qui semblent contradictoires, d’être en même temps historien et poète, véridique et menteur. » (Contes, Poche p. 73)
 
C’est ce que fera Diderot en évoquant les aventures de l’aumônier et d’Orou dans le Supplément, en idéalisant la société tahitienne mais en disant sa vérité sur la société française et en posant de vrais problèmes.

Ceci n’est pas un Conte
On retrouve dans Ceci n’est pas un Conte une structure dialogique, telle que la définit Diderot dans l’incipit, qui est comparable à celle du Supplément.
 
« Lorsqu’on fait un conte, c’est à quelqu’un qui l’écoute ; et pour peu que le conte dure, il est rare que le conteur ne soit pas interrompu quelquefois par son auditeur. Voilà pourquoi j’ai introduit dans le récit qu’on va lire, est qui n’est pas un conte ou qui est un mauvais conte, si vous vous en doutez, un personnage qui fasse à peu près le rôle du lecteur… » (Poche p ; 122)

Mais n’établissons pas de parallélisme trop catégorique, car si les principaux récits de l’œuvre sont bien présentés par le personnage « B », ce qui lui confère en fait le rôle du conteur, celui-ci occupe également la fonction de lecteur :
 
« A. – En attendant, que faites-vous ?
B. – Je lis.
A. – Toujours le Voyage de Bougainville ?
B. – Toujours. » (Contes, Poche p. 173)
 
Diderot ici a donné tant d’importance au lecteur lui-même qu’il fait de la lecture l’activité principale des deux interlocuteurs :
 
« A. – Est-ce que vous donneriez dans la fable d’Otaïti ?
B. – Ce n’est point une fable ; et vous n’auriez aucun doute sur la sincérité de Bougainville, si vous connaissiez le Supplément de son Voyage.
A. – Et où trouve-t-on ce supplément ?
B. – Là, sur cette table.
A. – Est-ce que vous ne me le confierez pas ?
B. – Non ; mais nous pourrons le parcourir ensemble, si vous voulez. »
 
Ceci n’est pas un Conte évoque le danger de la tyrannie des passions, danger auquel l’utopie tahitienne semble apporter un remède. D’autre part, le Supplément propose des réponses à la question de l’infidélité en amour.

Madame de la Carlière
Un dialogue qui présente l’intérêt de mettre en scène les deux interlocuteurs du Supplément, A. ayant prévu un orage et B. la dissipation des nuages. L’observation du brouillard au début du Supplément redonnera à B. une supériorité dans l’observation et l’objectivité, sa prévision se réalisant à la fin de l’œuvre (chap. V) et faisant de lui une figure de philosophe.
 
B. – […] Et ce brouillard épais, qu’est-il devenu ?
A. – Il est retombé.
 
L’histoire de Mme de La Carlière et du chevalier Desroches illustre la futilité, la versatilité de l’opinion publique. Sur l’infidélité du chevalier Desroches, le narrateur affirme :
« …j’ai mes idées, peut-être justes, à coup sûr bizarres, sur certaines actions, que je regarde moins comme des vices de l’homme que comme des conséquences de nos législations absurdes, sources de mœurs aussi absurdes qu’elles, et d’une dépravation que j’appellerai volontiers artificielle. »

Le Supplément met au premier plan la question de la fidélité, la contradiction entre une nature humaine animée par des désirs et des lois civiles et religieuses qui font de ces désirs des crimes. Contradiction exprimée par le sous-titre de l’œuvre : Dialogue entre A et B sur l’inconvénient d’attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n’en comportent pas.

Jacques le Fataliste

Il est possible de rapprocher le discours du Vieux Tahitien sur les méfaits de la passion et de la jalousie de deux récits inclus dans Jacques le Fataliste : les amours paysannes de Jacques et l’histoire de Mme de La Pommeraye.
L’absence de jalousie entre Suzanne et Marguerite permet à l’auteur de réhabiliter le plaisir (« l’action génitale, si naturelle, si nécessaire et si juste ») plaisir libéré de la passion, de la vérité et de la jalousie.
D’autre part, l’hypocrisie et la vanité de Mme de La Pommeraye choquent Jacques et son maître, c’est ici le refus de l’infidélité qui est en cause et la fragilité des serments amoureux, dénoncés par Orou qui condamne le mariage chrétien : « …rien en effet te paraît-il plus insensé qu’un précepte qui proscrit le changement qui est en nous […] ? » (chapitre III)

Lire l’incipit de Jacques le fataliste

Mélange, enchâssement, démonstration et apologue


Différents genres apparaissent mêlés dans le Supplément :
·        Le récit de voyage, le témoignage, en référence au voyage de Bougainville.
·        La fiction, un supplément au récit de voyage qui mêle dialogue au présent et récit rétrospectif des expériences amoureuses de l’aumônier.
·        Le dialogue philosophique où les interlocuteurs A et B évoluent dans leurs prises de position respectives, B restant en position de force.
·        L’essai, la réflexion sur un problème moral, l’injustice des lois.
·        Le pamphlet, pour dénoncer la nocivité des mœurs européennes.
 
Diderot introduit, à l’intérieur du dialogue entre A et B qui constitue la structure principale de l’œuvre, un second niveau de fiction qui présente à la fois un supplément au récit de voyage et une confrontation verbale entre Tahitiens et Français : le discours du vieux Tahitien au chapitre II, puis le dialogue entre Orou, sa famille et l’aumônier aux chapitres III et IV. Dialogue complété par le récit de B qui raconte l’histoire de Polly Baker à la fin du chapitre III.
La reprise par B des arguments avancés par le vieux Tahitien et Orou dans les récits tahitiens contribueront à convaincre à la fois le locuteur A et le lecteur de la supériorité des mœurs tahitiennes, comme de l’absurdité des lois européennes qui, selon Jacques Vassevière, « opposent une morale factice et hypocrite à l’intérêt général et à la nature ».
On peut observer, dans l’évolution des personnages, une adhésion de plus en plus forte de A. aux idées de B. Même évolution également entre Orou et l’aumônier, qui est amené à reconnaître, en paroles et en actes, la supériorité des mœurs tahitiennes.
« Ces Tahitiens seront toujours présents dans sa mémoire, [il a] été tenté de jeter ses vêtements dans le vaisseau et de passer le reste de ses jours parmi eux, et (…) craint bien de se repentir plus d’une fois de ne l’avoir pas fait. » (chap. V)
De fait, B. et Orou jouent des rôles comparables à l’intérieur des dialogues.

Le dialogue philosophique

B. constitue une figure de philosophe : il lit, apporte des documents, alimente la réflexion. Il fait figure de pédagogue patient vis-à-vis de son élève A : « Orou l’a fait entendre dix fois à l’aumônier ; écoutez-le donc encore, et tâchez de le retenir » (chap. V). A. est celui qui réclame des explications, mais ses questions manifestent souvent un esprit ouvert, une progression de la réflexion : « Comment est-il arrivé qu’un acte dont le but est si solennel […] soit devenue la source la plus féconde de notre dépravation et de nos maux ? » (chap. V). Il a reconnu la supériorité de B. dès la fin du chapitre I : « il semble que mon lot soit d’avoir tort avec vous jusque dans les moindres choses ». Au chapitre V, il manifeste son accord à de nombreuses reprises : « je pense comme vous », « j’en conviens », « il est vrai ».
Le dialogue enchâssé

Le premier dialogue enchâssé est le discours du vieux chef tahitien à Bougainville au moment de son départ, discours demeuré sans réponse, pour mieux accréditer la justesse des arguments et des reproches énoncés contre le colonisateur. Ce discours était en partie déjà écrit par Diderot dans un article sur le Voyage autour du monde de Bougainville, ce qui fait dire très ironiquement à A., à la fin du chapitre II, qu’il lui semble y « retrouver des idées et des tournures européennes ».
Le second dialogue enchâssé est celui où Orou, conversant avec l’aumônier, soumet à une critique sévère la religion et le mariage chrétien. Nouvelle manifestation d’humour de Diderot, qui fait dire au Tahitien « je sais tout cela, comme si j’avis vécu parmi vous » (chap. III). Le bilan qu’il tire des institutions chrétiennes est si pertinent que l’aumônier est obligé de convenir que « cela ressemble ». Comme A envers B., celui doit reconnaître la supériorité de la société tahitienne et des thèses d’Orou : « Je crains bien que ce sauvage n’est raison », et au jugement final d’Orou, « vous êtes plus barbares que nous » (chap. IV), il ne trouve rien à répondre. C’est d’ailleurs lui qui reprendra, dans le chapitre V, l’argumentation d’Orou, suivi ensuite par l’interlocuteur B. qui réénoncera, sous forme de maximes, les leçons du Tahitien, après avoir affirmé « je ne vous en dirai rien de mieux que ce qu’en a dit Orou à l’aumônier ».

L’apologue
Les récits intégrés au dialogue peuvent être considérés comme autant de véritables apologues. L’histoire de l’aumônier démontre la faiblesse des préceptes religieux,au moment où il cède au désir, tenté par les filles et la femme d’Orou. Ses nuits d’amour successives (chap. III et IV) sont autant de désaveux de la morale chrétienne et de l’obligation de célibat des prêtres.
L’histoire de Polly Baker est une dénonciation des lois injustes sur les filles mères, de l’hypocrisie morale des sociétés chrétiennes. Ce qui fait la particularité du plaidoyer de Polly Baker, c’est d’une part que l’épisode possède une fin heureuse, d’autre part que par des arguments qui soutiennent la société tahitienne (selon Diderot) puisse triompher la cause de la jeune femme anglo-américaine, dont l’histoire, popularisée par Benjamin Franklin, est rapportée par l’abbé Raynal, auteur en 1770 de « L’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes », maître-livre de l’anti-colonialisme. On peut remarquer que la dernière réplique du Supplément relève la pression morale qui s’exerce sur les femmes des sociétés européennes, et constitue une sorte d’invitation pour elles à exprimer plus ouvertement leurs pensées sur la société tahitienne et ses vertus libérales, à se libérer de l’hypocrisie qui leur est imposée.

l’abbé Raynal
1713-1796

Si l’on peut parler d’apologue dans le Supplément, c’est que le débat imaginé par Diderot entre Orou et l’aumônier, et notamment la critique du mariage chrétien, va servir de fondement au dialogue entre A. et B. du chapitre V, comme si ces « personnages-lecteurs » tiraient eux-mêmes le bilan des différents dialogues enchâssés.
La thèse le plus largement reprise par A. et B., celle de la contradiction entre trois codes qui prétendent régir la société européenne, contradiction qui voue cette société au désordre et au malheur : le code naturel, le code juridique et le code religieux, ces deux derniers personnifiés dans les propos d’Orou par le grand ouvrier, les magistrats, les prêtres.
« Hier, en soupant, tu nous as entretenus de magistrats et de prêtres ; je ne sais quels sont ces personnages que tu appelles magistrats et prêtres, dont l’autorité règle votre conduite ; mais, dis-moi, sont-ils maîtres du bien et du mal ? Peuvent-ils faire que ce qui est juste soit injuste, et que ce qui est injuste soit juste ? Dépend-il d’eux d’attacher le bien à des actions nuisibles, et le mal à des actions innocentes ou utiles ? Tu ne saurais le penser, car, à ce compte, il n’y aurait ni vrai ni faux, ni bon ni mauvais, ni beau ni laid ; du moins, que ce qu’il plairait à ton grand ouvrier, à tes magistrats, à tes prêtres, de prononcer tel ; et, d’un moment à l’autre, tu serais obligé de changer d’idées et de conduite. Un jour on te dirait, de la part de l’un de tes trois maîtres : tue, et tu serais obligé, en conscience, de tuer ; un autre jour : vole ; et tu serais tenu de voler ; ou : ne mange pas de ce fruit ; et tu n’oserais en manger ; je te défends ce légume ou cet animal ; et tu te garderais d’y toucher. Il n’y a point de bonté qu’on ne pût t’interdire ; point de méchanceté qu’on ne pût t’ordonner. » (chap.III)

Une expérimentation intellectuelle
L’expérimentation est devenue, à l’époque des Encyclopédistes, un des fondements de la démarche scientifique.

Sur les modes de pensée des Européens

Il y a matière à expérience quand il s’agit de mettre en présence deux citoyens européens, de permettre au lecteur d’observer leurs réactions à la lecture des récits de voyage de Bougainville. Dès la première page, A. et B. ont formulé chacun une hypothèse (observez l’interrogation par « mais si » au chapitre I sur les prévisions météorologiques). Le vocabulaire est délibérément emprunté au langage scientifique : « atmosphère », « chargée d’humidité », « la région supérieure », « comme disent les chimistes », « saturée ».Les deux personnages examinent le temps comme pour pratiquer une leçon de physique amusante, ce que Diderot appelle un peu plus loin un « amusement () de la société. Il est clair que les questions débattues par A. et B. ont une portée plus vaste que la simple remarque sur le temps qu’il fait, B. affirmant que A. et lui font « le tour de l’univers sur[leur] parquet ».
L’observation porte également sur l’évolution de l’aumônier, qui passe d’une protestation choquée devant le libéralisme sexuel à un éloge fervent de la vie à Tahiti (début du chap. V).
Enfin, l’expérimentation consiste également à observer les réactions du lecteur, tel que A., intrigué, surpris, qui affirme au terme d’une première lecture : « ma curiosité pour le reste n’est pas légère. B. – Ce qui suit, peut-être, vous intéressera moins. A. – N’importe. ».

Sur la rencontre de deux cultures




« La vie sauvage est si simple, et nos société sont des machines si compliquées. »
Au cours du premier chapitre, Diderot ne fait qu’aborder des exemples, des situations qui pourraient, en un autre lieu, illustrer des arguments sérieux : anecdotes comme la découverte de l’île des Lanciers (dont les pratiques de ses habitants altèrent considérablement, par leur cruauté, l’image idéale de « bonté naturelle » des
sociétés primitives) ou le rapport qui est fait de l’activité des Jésuites au Paraguay, illustration supplémentaire de la nocivité des religions.
Les réflexions de B. sur « l’attrait du sol ; attrait qui tient aux commodités dont on jouit, et qu’on n’a pas la même certitude de retrouver ailleurs » ou quand il affirme que « le voyage de Bougainville est le seul qui [lui] ait donné du goût pour une autre contrée que la [sienne] » constituent autant d’invitations du chercheur encyclopédiste à dépasser ses perceptions premières pour enrichir ses connaissances. Ceci peut expliquer la relative dose d’admiration manifestée ici par l’auteur pour le découvreur qu’était Bougainville.
Les conséquences du premier contact entre les Européens et les Tahitiens sont présentées avec une rapidité qui évoque au moyen d’une anaphore le précipité chimique : « À peine t’es-tu montré parmi eux, qu’ils sont devenus voleurs. À peine es-tu descendu dans notre terre, qu’elle a fumé de notre sang ». La rencontre de deux civilisations est décrite comme une sorte de choc culturel. On peut rappeler la tentative de viol d’une femme de l’équipage français, déguisée en homme : « Les Tahitiens devinèrent son sexe au premier coup d’œil » (chap.1).
L’économie tahitienne, aux yeux des européens, ne peut découler que d’une situation exceptionnelle, qui a évité à l’homme de développer ses connaissances, son ingéniosité, « sa sagacité » (chap. V), afin de satisfaire des besoins matériels croissants. Il y a dans les réflexions de A. et B. une recherche constante de la cause des phénomènes, recherche qui nécessite une méthode : « Parcourez l’histoire des siècles et des nations tant anciennes que modernes… ».
La dernière expérimentation de A. et B., qui entretiennent désormais une sorte de jeu permanent, consistera à observer les réactions des femmes de leur entourage à la lecture des arguments d’Orou sur la liberté sexuelle. Mélange de provocation, de cruauté et de compassion pour ces « êtres fragiles », victimes des tabous et des interdits.

Un discours utopique
Particularités de l’écriture utopique
La référence : l’œuvre de Thomas More, L’Utopie (1516), société idéale organisée dans une île lointaine, où le narrateur Raphaël Hythlodee occupe le rôle de B. dans le Supplément, qui « connaît » Tahiti, île tout aussi lointaine, par des témoignages supposés authentiques. On peut évoquer également la Bétique dans Les Aventures de Télémaque de Fénelon, pays rêvé dans le monde antique qui constituait une antithèse de la société monarchiste du XVIIe siècle.
Une société utopique apparaît souvent comme un remède aux tares de la société réelle, tout au moins comme une inversion plus ou moins systématique des principes et des mœurs en cours. Chez Thomas More, l’organisation sociale ne connaît pas la propriété, ce qui aboutit à une dénonciation des méfaits de la propriété privée en Angleterre. Chez Diderot dans le Supplément, c’est surtout la morale chrétienne qui est visée, source de « profonde misère » (chap. III).
L’utopie littéraire fait souvent figure de satire, de provocation vis-à-vis de la société réelle, par inversion, par antiphrase. Chez Diderot, c’est l’utopie des relations amoureuses : plus que l’apologie du libertinage, c’est une remise en cause des relations familiales et sociales.

 ·        La sexualité : elle n’est pas seulement associée au principe de plaisir, mais également à un impératif de procréation. Elle constitue à la fois un bienfait individuel et un bienfait collectif : les enfants constituent une valeur, et même une valeur marchande, « un objet d’intérêt et de richesse » (chap. IV) : « un enfant est un bien précieux », « il s’est établi parmi nous une circulation d’hommes » (chap. IV) ; les enfants sont un « tribut », une sorte d’impôt, une « dot » pour la mère ; la séparation du couple fait l’objet d’un « partage » (chap. III), ainsi que d’une récolte généreuse. Par inversion, le libertinage n’est défini que comme une relation sexuelle restée inféconde (non rentable sur le plan économique). Cette exigence de rentabilité a pour corollaire la règle de la durée minimum d’un couple : une lune (en fait un cycle menstruel), ce qui garantira les chances de fécondité et permettra d’identifier le père/propriétaire. En fait, la seule mention de richesse à Tahiti, par la voix d’Orou au chapitre III, est associée à l’idée de population, de croissance démographique : « tu ne saurais croire combien l’idée de richesse particulière ou publique, unie dans nos têtes à l’idée de population, épure nos mœurs… ».

·        Des suggestions pour l’économie et la société : refus de la propriété, refus du travail inutile et improductif et valorisation du repos (discours du chap. II), refus de la fidélité conjugale (chap. III). La revendication du repos est également la revendication d’une certaine ignorance, un refus de la recherche de savoir, à l’opposé de l’entreprise encyclopédique, ce qui montre bien que l’éloge de la société tahitienne a une fonction surtout polémique et spéculative, et s’éloigne des convictions personnelles de Diderot. Nous avons la une constante du genre utopique : on ne satisfait que les besoins naturels (ce que ne fait pas Voltaire dans l’Eldorado, le premier lieu rencontré y étant, symboliquement, une école).

Chez Diderot, la réflexion utopique va s’éloigner de la relation amoureuse pour gagner la société tout entière, ce qui caractérise davantage le Supplément comme une argumentation dialoguée, qui met en scène des principes, un idéal, qui représente cet idéal en action : idéal de bonheur, de liberté, d’épanouissement individuel. Mais Diderot a le mérite de montrer les risques, les incohérences d’une construction aussi perfectionniste.

Limites et faiblesses de l’utopie tahitienne
Au cours du chapitre V, B. affirme le caractère inédit de cette société tahitienne (« excepté dans ce recoin écarté de notre globe, il n’y a point eu de mœurs ») et insiste sur son excellence (« vous ne trouverez la condition de l’homme heureuse que dans Otaïti »). La fable pourrait bien évoluer en une pensée organisée en système, selon une construction intellectuelle rigoureuse.
·        Primauté de l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel : dans le Supplément coexistent en effet deux aspirations contradictoires, le projet libertaire et hédoniste d’une part, le projet communautaire de l’autre. Les règles énoncées par la société tahitienne constituent en fait des entraves à la liberté individuelle, qui tendent à dépersonnaliser les membres de cette société, les prescriptions et interdits reposant uniquement sur le principe biologique des relations amoureuses et individuelles.

 « L’AUMÔNIER. – Vous ne connaissez guère la jalousie, à ce que je vois ; mais la tendresse maritale, l’amour paternel, ces deux sentiments si puissants et si doux, s’ils ne sont pas étrangers ici, y doivent être assez faibles. » (chap. IV).

Les femmes font l’objet de discrimination : les femmes infécondes doivent porter un voile noir (« signe de stérilité ») ou gris (« signe de la maladie périodique ») ; les femmes « libertines », quand elles sont vieilles, sont punies d’exil ou d’esclavage, alors que les sanctions à l’égard des hommes qui ont commis les mêmes fautes ne vont pas plus loin que le « blâme » ; les « filles précoces » sont enfermées alors que pour les garçons n’est prévue que la réprimande adressée aux parents. Les filles surtout sont soumises et privées de toute individualité : « nos femmes et nos filles nous sont communes » (chap. II). Ce sont des sortes de biens communs que l’on offre aux voyageurs de passage. La liberté de mœurs, en fait, profite surtout à l’homme, et comme la femme doit s’y soumettre, le viol s’en retrouve dépénalisé :

« On a consacré la résistance de la femme ; on a attaché l’ignominie à la violence de l’homme ; violence qui ne serait qu’une injure légère dans Tahiti, et qui devient un crime dans nos cités. » (chap. V)

 Diderot maintient dans cette perspective plusieurs ambiguïtés, laissant entendre que la femme tahitienne a autant le droit de choisir que son partenaire (« Homme, présente-toi franchement si tu plais. Femme, si cet homme te convient, reçois-le avec la même franchise. »), mais dénonçant également la situation fragile des femmes de « France, pays de lois insensées », où il faut « être honnête et sincère jusqu’au scrupule avec des êtres fragiles qui ne peuvent faire notre bonheur [à nous les hommes, je pense] sans renoncer aux avantages les plus précieux de nos sociétés » (chap. V). Ambiguïté également sur le statut de l’enfant à Tahiti, puisque, « objet d’intérêt et de richesse », il risque de devenir une simple marchandise : « objet de tribut », de « partage ». Ainsi, la sexualité est ramenée à une exigence biologique, les relations personnelles étroitement soumises à « l’intérêt collectif ».



Illustration pour Utopia de Th. More
édition de 1518
·        Ambiguïtés de la référence à la nature : le texte du Supplément contient en effet un certain nombre de propos discordants. La nature est présentée comme le seul fondement valable de la morale : « la loi civile ne doit être que l’énonciation de la loi de la nature », qui sera « toujours la plus forte » (chap. V). C’est A. qui porte les jugements les plus naïfs de cette « naturalisation » de la société, alors que B. énonce des propos plus réalistes. Il reconnaît par exemple que le mariage, la galanterie, la coquetterie et la jalousie sont dans la nature. Cette nature ne saurait en fait fournir des principes universels de moralité, elle ne dispense pas l’homme d’élaborer une morale pour la société, même si elle en est le fondement. Ce serait la vocation de l’homme de culture de promouvoir ses valeurs humaines pour tempérer les pulsions de l’homme de nature. Le neveu de Rameau nous éclaire à ce sujet :

 « Si le petit sauvage était abandonné à lui-même ; qu’il conservât toute son imbécillité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau, la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le col à son père, et coucherait avec sa mère. » (Freud cite ce passage à propos du complexe d’Œdipe, dans son Introduction à la psychanalyse).

 La nature ne constitue pas une valeur unique chez Diderot. B. « n’ose pas [se] prononcer » quand A. lui demande « vous préfèreriez l’état de nature brute et sauvage ? » (chap. V). Le dialogue établi dans le Supplément permet en fait de prendre du recul par rapport à un discours naturaliste trop schématique ou trop dogmatique.

La réflexion morale


Il y a un principe de base à toute réflexion morale de Diderot, c’est que quelque soit la critique possible des mœurs de la société, elle ne doit pas remettre en cause le respect des lois. Diderot l’avait déjà exprimé par la voix du docteur Bordeu dans la Suite de l’entretien qui suit Le rêve de D’Alembert, rédigé en 1769 :
 « Quelque soit le jugement que vous portiez de mes idées, j’espère de mon côté que vous n’en conclurez rien contre l’honnêteté de mes mœurs. »
 
En fait, l’auteur nous engage à ne pas voir les idées exprimées comme une pensée complète et définitive, mais comme une réflexion théorique. Pour Diderot, il faut nettement séparer cette réflexion de l’action ; c’est ce qu’il fait dire à B. dans le Supplément :
 
« Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les réforme ; et, en attendant, nous nous y soumettrons. » (chap.V)
 
Donc, en quoi consiste « parler contre » ? Diderot précise un peu plus loin : « Disons-nous à nous-mêmes, crions incessamment qu’on a attaché la honte, le châtiment et l’ignominie à des actions innocentes en elles-mêmes ; mais ne les commettons pas, […] » (chap.V). Le docteur Bordeu, dans Le Rêve de D’Alembert, considérait que les lois civiles et religieuses étaient « faites sans équité, sans but, et sans aucun égard à la nature des choses et à l’utilité publique ». Il en est venu également à condamner la chasteté et la continence :
 
« …en dépit des magnifiques éloges que le fanatisme leur a prodigués, en dépit des lois civiles qui les protègent, nous les rayerons du catalogue des vertus. Et nous conviendrons qu’il n’y a rien de si puéril, de si ridicule, de si absurde, de si nuisible, de si méprisable, rien de pire, à l’exception du mal positif, que ces deux rares qualités ».

« Ce qui intéresse Diderot à Tahiti, ce n’est pas, bien sûr, l’exotisme, le folklore, le paysage. C’est le conflit entre le code de la société européenne suivi par les « voyageurs » et le code d’une société telle qu’il serait ou pourrait être celui de la nature, c'est-à-dire plus conforme au véritable intérêt des individus. »

Jean VALOOT, préface aux Dialogues, éd. Folio, 1972

 
·         Il est vrai que la tentation de l’exotisme est forte, dans cet écrit du XVIIIe siècle : le charme de la vie au grand air, un prêtre « tenté de jeter ses vêtements » (chap. V) ; il ya également l’attrait de la liberté sexuelle, si étonnante au premier contact des Tahitiens avec l’expédition française, personnifié par Aotourou de visite en France, tout disposé à faire la « politesse de Tahiti » aux femmes européennes.
·         Mais c’est surtout une « photo en négatif » de la société européenne que propose Diderot dans ce paysage tahitien : les mots mêmes y sont absents pour désigner la notion de propriété ou de tabou sexuel.
·         Diderot a trouvé en fait une illustration captivante de l’idée de la société humaine vue à ses origines. Il complète l’hypothèse de Rousseau exprimée dans Discours sur l’origine de l’inégalité en actualisant une représentation de la société primitive, paradis perdu pour le réformateur des Lumières, mais qui lui sert de support pour la revendication d’une meilleure justice morale, sociale et économique, d’une plus grande liberté.
Nous retrouvons dans ce discours la relation de l’œuvre avec le sous-titre : « Dialogue entre A. et B. sur l’inconvénient d’attacher des idées morales à certaines actions qui n’en comportent pas ». La réflexion morale va s’orienter selon une double perspective : d’une part, une critique (parler contre « le monstrueux tissu d’extravagances » - Orou, chap. III) ; de l’autre, un projet moral pour une « bonne législation » (B., chap. V).

La critique morale : nocivité des lois européennes, malheurs des individus

Les lois européennes sont nocives et injustes : thèse illustrée par deux situations vivantes, le déchirement du prêtre soumis à la tentation sexuelle, et le déshonneur de Polly Baker parce que séduite et abandonnée comme fille-mère. B. souligne les contradictions qui existent entre les trois codes : naturel, civil et religieux, qui s’exercent sur les sociétés européennes, et « qui n’ont jamais été d’accord ; d’où il est arrivé qu’il n’y a eu dans aucune contrée, comme Orou l’a deviné de la nôtre, ni homme, ni citoyen, ni religieux » (chap. V). Considérée comme une fille publique, Polly Baker a « mis cinq beaux enfants au monde » ; « Est-ce un crime d’augmenter les sujets de Sa Majesté dans une nouvelle contrée qui manque d’habitants ? » (chap. III)
Les lois européennes font le malheur des individus, et la cause en est, selon Diderot, de l’intrusion, « au-dedans de [l’homme naturel, d’]un homme artificiel » (chap. V). Formule qui suggère ce qu’il y a de plus arbitraire dans les lois civiles. La misère est illustrée par les cas de l’aumônier et de Polly Baker, mais on en retrouve d’autres exemples dans les personnages des dialogues comme Ceci n’est pas un conte ou Madame de la Carlière. Le message final est que la chasteté et la fidélité sont des pratiques contraires à la nature et imposées par les lois religieuses et civiles. Que l’on s’y soumette, ou qu’on les enfreigne, on en souffre.

Un nouveau projet moral

Le principe essentiel est de rechercher une nouvelle manière d’évaluer le bien et le mal. L’exemple de la société tahitienne intervient dans la mesure où elle est composée d’un peuple innocent et heureux, alors que la société européenne est présentée comme affectée d’une profonde misère (chap. III).
B. affirme la nécessité de « fond[er] la morale sur les rapports éternels entre les hommes » (chap. V). Cette « éternité » des rapports entre les hommes remet en cause catégoriquement la religion et l’existence de Dieu, que Orou définit ironiquement comme le « vieil ouvrier qui a tout fait sans tête, sans mains et sans outils ; qui dure aujourd’hui et demain et qui n’a pas un jour de plus ; qui commande et qui n’est pas obéi ; qui peut empêcher, et qui n’empêche pas. » (chap. III). Orou exprime ici une négation de l’idée de transcendance divine et n’envisage pas d’autre pouvoir créateur que celui de la nature. Diderot a déformé ici les observations de Bougainville (cf. dans L’école des lettres, le polythéisme et l’autorité des prêtres chez les Tahitiens).
L’idée de fonder une nouvelle évaluation des conduites morales sur la nature réapparaît dans le discours de Polly Baker, qui reproche aux juges de faire « des lois qui changent la nature des actions et en font des crimes. » Orou formule lui-même ce nouveau concept, fondé sur le bien général et l’utilité particulière (termes ré-énoncés au chap. IV) : 
« Veux tu savoir, en tout temps et en tout lieu, ce qui est bon est mauvais ? Attache-toi à la nature des choses et des actions ; à tes rapports avec ton semblable ; à l’influence de ta conduite sur ton utilité particulière et le bien général. Tu es en délire, si tu crois qu’il y ait rien, soit en haut, soit en bas, dans l’univers, qui puisse ajouter ou retrancher aux lois de la nature. Sa volonté éternelle est que le bien soit préféré au mal, et le bien général au bien particulier. » (chap. III)
 
Le Tahitien entreprend en fait de réhabiliter la sexualité comme légitime, utile pour le bien général, et source d’harmonie et de plaisir. La fidélité en amour ne serait qu’une appropriation illégitime d’un être sur un autre. Enfin, c’est la nature qui permet de juger des actions des hommes selon trois critères : le bien général, le bien particulier, la liberté, « le plus profond des sentiments » (chap. I), idée reprise dans le chap. V : « combien nous sommes loin de la nature et du bonheur ».Les lois conformes à la nature devraient donc être peu nombreuses, cohérentes, et ne pas empiéter sur la liberté des hommes.

Le mythe du « bon sauvage »

1562 : Montaigne rencontre trois indigènes du Brésil débarquant à Rouen. Il réfléchit alors sur la place de l’homme dans le monde, sur la relativité des modes de pensée, sur la notion de sauvage. C’st le commencement de l’intérêt grandissant que manifestera la société européenne, et encore au XVIIIe siècle, pour la figure du « bon sauvage » : image idéalisante de l’homme, vivant dans un milieu « naturel », non détérioré par la civilisation ; image favorisée par le goût des voyages, la prolifération des récits de périples lointains.
Le bon sauvage est au centre du débat qui oppose les notions de nature et de culture, s’intègre à une série d’interrogations sociales, morales et politiques, et notamment sur le colonialisme. Il est utilisé par certains philosophes dans une stratégie du regard extérieur : le monde occidental est découvert par des yeux étrangers, ce qui permet de mettre en relief les anomalies de la société, le conformisme intellectuel et moral.

Un modèle multiple

Plusieurs genres littéraires vont véhiculer cet intérêt pour les « sauvages ».
Récits de voyage, comme ceux de l’abbé Prévost dans l’Histoire générale des voyages (1746), de l’abbé Claude Lambert dans Recueil d’observations curieuses [sur les] différents peuples de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique (1749), ou de Bougainville dans Voyage autour du monde (1771) ; autant d’ouvrages qui montrent les sauvages comme des exemples d’une nature non dégradée, d’une vie innocente et authentique. Les religieux et missionnaires, notamment, vont accentuer cette exagération d’une vie communautaire exemplaire, non hiérarchisée socialement, montrée comme une application pure de la vie selon l’Évangile, et opposée à la vie européenne, pervertie et dévoyée.
Cette vision idéalisée aboutit à des figures fictives, parfois parodiées, dans les contes philosophiques, comme celle de l’esclave dans Candide ou du Huron dans L’Ingénu ; celle du Tahitien dans le Supplément de Diderot est inspirée par un personnage réel, présenté à son retour par Bougainville à la société parisienne.
Jean-Jacques Rousseau, à travers plusieurs essais, comme le Discours sur l’origine de l’inégalité ou l’Émile, se sert de ce modèle pour imaginer une vie primitive qui serait l’état originel de l’humanité ignorant la propriété, source selon lui de l’inégalité et des malheurs de l’homme civilisé.
Ces différentes images de peuples dits primitifs témoignent en fait des orientations de la pensée philosophique et permettent d’agiter plusieurs questions.

Ce que le « bon sauvage » met en question
 Une leçon d’altérité et de relativisme :
  L’humanité peut s’enrichir de mieux connaître ses différences.
  •  Il faut abandonner les jugements sur les hommes, les peuples, en termes de supériorité ou d’infériorité.
  •  La récurrence de l’argument « se mettre à la place de » est l’aboutissement d’une recherche d’un esprit de tolérance, contre l’intransigeance et le sectarisme (ne pas juger sur ses propres critères).
  • La réflexion sur les modes de vie aboutit souvent à une dénonciation du colonialisme et de l’esclavage.
La question sociale
  • Voltaire utilise le « bon sauvage » pour dénoncer l’absolutisme, le conformisme politique, religieux et social, dans une société intolérante, injuste et inégalitaire.
  • Diderot vise surtout les contraintes morales imposées à la société, il célèbre chez les Tahitiens l’absence de tabous, la recherche de l’épanouissement du corps et de la sensualité.
  • La plupart des Philosophes n’excluent pas, dans leur interrogation sur l’état de nature, l’éventualité d’un progrès fondé sur l’évolution des sciences et des techniques et le développement des échanges, le progrès devenant parfois un facteur essentiel du bonheur humain (Lettres philosophiques de Voltaire).
  • Pour Rousseau, l’évolution, irréversible, entraîne la perversion de la nature humaine qui est bonne à l’origine. Dans le Discours sur les sciences et les arts, le « progrès des arts » est étroitement associé à la « dissolution des mœurs ». Rousseau oppose un démenti formel à la croyance dans le progrès manifestée par les autres Philosophes. : « la nature a voulu nous préserver de la science comme une mère arrache une arme dangereuse des mains de son enfant ».


Lire un extrait de L’Ingénu de Voltaire
Reportez-vous au début du chapitre  quatorzième jusqu’à « …sa juste colère ».
(cf. l’édition en ligne « Le Boucher »)
 
Un apologue fondé sur une critique rationnelle :
  • Une logique implacable, « géométrique », celle du « deux et deux sont quatre » de Dom Juan.
  • Critique de l’intolérance, des guerres coloniales.
L’opposition entre le jeune « ignorant » et le vieux « savant » :
  • Opposition paradoxale (c’est le jeune qui enseigne)…
  • …et illusoire, théâtralisée.
Une démonstration subtile du concept de nature :
  •  La raison naturelle
  • La religion naturelle
  • Le droit naturel.

Un compromis difficile
Le « bon sauvage » va rester un mythe car il est difficile de concilier l’image utopique du primitif naïf et bon, vivant simplement, avec un idéal de citoyen cultivé et raisonnable. Les modèles présentés par les auteurs (le Huron, le Tahitien), vont rester des vues de l’esprit, des modèles abstraits. Diderot s’est révélé en fait très conservateur dans ses pratiques morales et sa vie familiale ; quant à Rousseau, il est obligé de convenir que l’homme ne peut échapper à une évolution irréversible, vers la civilisation, vers l’inégalité.
Constatons que le « bon sauvage » incarne les aspirations d’une époque, partagée entre des volontés de changement, de progrès, et le sentiment d’une perte, d’une déchéance, la nostalgie d’un paradis perdu.

Le concept de « nature » dans le Supplément

Le point de départ sera le contraste observé entre l’émerveillement, l’enthousiasme exprimé par Bougainville dans son récit devant la nature luxuriante de Tahiti, et la rigueur imposée à l’argumentation dans le Supplément : aucune description, aucun paysage… Comment fonctionne le concept de nature dans cette œuvre ? Vous pourrez observer les différentes occurrences du mot dans le premier chapitre, notamment.

Une nature idéalisée

B., enthousiasmé par sa lecture, rapporte l’anecdote de la venue d’Aotourou en France, et combien celui-ci était inadapté à la vie européenne, habitué à une vie innocente et libre. Cette représentation apparaît notamment dans le discours du vieillard au chapitre II et dans les dialogues entre l’aumônier et Orou, chapitres III et IV.
Le discours du vieux chef tahitien, adressé à Bougainville qui reste ici muet, compose un éloge de la société tahitienne, la rapprochant de cette notion d’état de nature, qui serait non pas le stade d’origine d’une société, mais le produit d’un véritable changement qualitatif qui fait que les besoins premiers des hommes sont satisfaits, sans nécessiter ni travail, ni recherche, ni industrie.
Les arguments défendus par Orou dans son dialogue avec l’aumônier visent surtout à une justification de la liberté sexuelle, en avançant la  procréation comme une nécessité naturelle, dictée par les besoins de bras dans la pratique de la chasse, la cueillette et la pêche. Orou démontre que le mariage est contraire à l’inconstance naturelle, la fidélité n’existant pas dans la nature. Cet exposé des « thèses tahitiennes » semble conduire à une idéalisation de l’idée de nature, par cette référence constante à la notion de « loi de la nature », la « souveraine maîtresse » qui fait de l’homme « un être sentant, pensant et libre ». La nature pourrait donc intervenir comme critère universel, comme modèle à la constitution des codes sociaux.
Le chapitre V du Supplément fait apparaître que la nature n’est pas seulement une étape dans la jeunesse du monde, mais qu’il existerait dans toute société évoluée un instinct naturel étouffé par les codes de la civilisation. L’homme n’y serait plus qu’une sorte de « monstre » hybride. Reprenant la parole après l’éloge de l’aumônier, B. exprime son enthousiasme pour l’état de nature, et affirme à son tour que seule la vie tahitienne garantit bonheur, innocence, vertu, équilibre entre activité et repos. Ce peuple a été « assez sage pour s’être arrêté de lui-même à la médiocrité ».
On aurait tort de ne voir dans la position de B. qu’une simple reprise par Diderot de l’enthousiasme exprimé par Bougainville. Par la pratique des enchâssements, des dialogues, c’est tout un détour théorique auquel nous convie l’auteur, et l’insistance sur certains détails dans ce livre traduit l’ironie latente qui sous-tend l’engouement affiché pour cet état de nature. Un exemple en serait la question de A. : « quelles conséquences utiles à tirer des mœurs et des usages bizarres d’un peuple non civilisé ? ». La vie sauvage offre surtout un contraste avec la société européenne, puisque cette prétendue jeunesse s’oppose à l’artifice de la moralité et du mariage chrétiens, à la colonisation, mais aussi à l’esprit des Lumières.

La nature, miroir « en négatif » du monde européen

Dans cette perspective, la nature apparaît pour le penseur du XVIIIe siècle comme un motif critique, qui lui permet de réfléchir à sa propre condition d’homme européen, l’utopie tahitienne n’étant dès lors qu’un fantasme de société idéale. Plusieurs incohérences de la fable constituent autant d’avertissements subtils semés ici ou là par l’auteur.
On peut par exemple considérer que la liberté sexuelle prônée par les Tahitiens n’est en fait qu’un partage différent de la propriété des femmes au profit d’une phallocratie.
De même, la facilité d’éloquence des « sauvages », qui s’expriment comme de fins lettrés, maniant à ravir la rhétorique classique, devrait éveiller la suspicion du lecteur. Diderot poursuit la tradition ironique des dialogues avec un sauvage, dont le sauvage de bon sens de La Hontan et le huron de Voltaire sont de brillants exemples. Mise en garde contre une vision simpliste et idéalisée de la nature que l’on reproche souvent à Rousseau, entre autres.
À ce titre, le Supplément au voyage de Bougainville impose une mise à distance des modèles proposés par la littérature et la philosophie, un refus de cette sorte de confusionnisme exprimé parfois dans le livre comme par ce pseudo-aphorisme de B. au chapitre V : « vices et vertus, tout est également dans la nature » qui irait même, pour justifier le libéralisme sexuel, jusqu’à dépénaliser le viol deux pages plus loin :
 
« On a consacré la résistance de la femme ; on a attaché l’ignominie à la violence de l’homme ; violence qui ne serait qu’une injure légère dans Tahiti, et qui devient un crime dans nos cités. »
 
De même, la formule réductrice qui permet de résumer l’échappatoire trop simpliste proposé par l’aumônier : « moine en France, sauvage dans Otaïti ». L’éloge de la nature opèrerait donc davantage comme une arme critique contre la civilisation européenne, contre ses mœurs, ses modèles de représentations. Voltaire en avait fait autant en parodiant les thèses de l’Optimisme.
On peut constater l’évolution du rôle joué par le concept de nature dans une œuvre comme le Supplément… : source d’euphorie, l’idée devient un instrument de dénonciation de la société, de dérision des mythes que se compose cette société pour compenser ses incohérences.


Questions et commentaires des visiteurs de « INSPIROHÏDES »

 ·        « Y a-t-il un ou plusieurs narrateurs dans le Supplément au Voyage de Bougainville? »

La notion de narrateur est plutôt inattendue, mais la narration est surtout initiée par la lecture du livre fictif introduit par B "là, sur cette table", dont B devient le principal lecteur. Il s'agirait donc d'une sorte de conteur. C'est lui qui rapporte l'histoire de Polly Baker au chapitre III.
On peut définir un narrateur dans l'ouvrage que lisent A. et B., qui serait une apparition possible de Bougainville lui-même comme auteur et conteur de ses découvertes.
A la fin du chapitre IV, et au début du chap. V, plusieurs remarques font état d'un récit énoncé par l'aumônier, qui serait lui-même devenu narrateur du livre, sans plus d'explication d'ailleurs, ce qui laisse le lecteur dubitatif sur la réalité d'un tel livre...

 ·        « J'étudie justement cette oeuvre, et plus particulièrement en ce moment la théâtralité. J'aimerai savoir si vous pourriez m'éclairer à ce sujet. »

Le thème de la théâtralité s'avère particulièrement opérant pour éclairer une des plus fortes singularités d'une telle oeuvre.
  • La théâtralité est surtout présente dans la menée du dialogue, avec des phénomènes constants d'actualisation de l'action, comme les répliques "Et où trouve-t-on ce supplément? - Là, sur CETTE table." (chap. I).
  •  Ce dialogue, non seulement se produit sur une scène, mais possède également ses didascalies ("voûte étoilée",  "arbres voisins", etc.) qui marquent pour le lecteur l'établissement d'un véritable décor. Y compris à la fin du dialogue, un véritable espace "hors-scène"  se dessine: "après dîner", "cela dépendra... des femmes".
  •  Le dialogue entre Orou et l'aumônier, par le même phénomène d'actualisation du discours, s'installe véritablement comme une scène de "théâtre dans le théâtre", en témoigne l'irruption des deux lecteurs ("Qu'est-ce que je vois là en marge?") au milieu du chap. III.
  • En règle générale, Diderot contribue à dérouter le lecteur en multipliant les locuteurs, en témoignent certains changements brusques de l'énonciation qui font passer d'une "scène" entendue "en direct" à un récit rapporté ("le bon aumônier raconte", à la fin du chap. IV).
·        « En quoi le traitement de la question de la sexualité par Diderot est-il lié au débat d’idées des Lumières ? »
  • Le sous-titre du livre laisserait penser que les "actions physiques" en constituent le principal thème, alors que d'autres problèmes sont plus franchement abordés.
  •  Diderot fait en effet de Tahiti une sorte de "paradis d'amour" où il occulte tous les aspects négatifs décrits par Bougainville: guerres, hiérarchie des chefs, infériorité des femmes. Il entreprend de détourner à des fins philosophiques une figure nouvelle et peu crédible du mythe du bon sauvage.
  • Pour le philosophe, c'est surtout l'affranchissement des tabous de la vie morale qui est visé dans la morale européenne, comme on le voit également dans Jacques le fataliste.
  • La liberté sexuelle à Tahiti constitue pour Diderot le moyen d'entamer une critique radicale des moeurs européennes. D'ailleurs, comme pour déjouer toute illusion chez le lecteur, cette sexualité tahitienne est surtout soumise aux impératifs de la procréation.
  • C'est l'articulation entre un comportement individuel, privé, et une collectivité en attente de changements, en crise, que pose le discours libertaire sur la sexualité à Tahiti dans ce dialogue de Diderot. Relisez à ce propos le cours en ligne d'Estelle Soler, "Les enjeux philosophiques du débat sur le mythe du bon sauvage".

·        « Notre prochain devoir consiste à discuter le sens du propos de Diderot:"Il y a moins d'inconvénients à être fou avec des fous, qu'à être sage tout seul." (fin de: suite du dialogue entre A et B). »

  • Il s'agit d'une citation qui repose au cœur de l'enseignement moral prôné par Diderot. En effet, dans son contexte, cette "folie" est celle des lois insensées qui gouvernent les hommes dans la société, mais que le sage va s'obliger à respecter, sous peine de voir son entreprise de réforme réduite à néant par le non-respect des lois et l'anarchie.
  • Les deux interlocuteurs ne seraient-ils que des rêveurs qui s’attardent sur la contemplation du ciel avant de « donner dans la fable d’Otaïti » ?...
  • Ce qui nous paraît sage dans la morale chrétienne n’est que pure folie pour les Tahitiens (constance amoureuse, célibat des prêtres, etc.)
  • La « folie » des européens peut devenir meurtrière dans ses conséquences, par exemple, de l’entreprise colonialiste.
  • Enfin, il n’est pas réaliste de vouloir échapper aux contraintes de sa propre société, sans chercher à la réformer (« moine en France, sauvage dans Tahiti »).
  • Personnellement je verrais une triple articulation possible pour traiter cette problématique:
  1. Une société insensée: répression et tabous de la société européenne; les références dans le livre de Diderot ne manquent pas…
  2. Une autre folie, celle de vouloir réformer cette société, en s’appuyant sur le rêve tahitien (l’utopie).
  3. Démonstration de sagesse et de réalisme de l’auteur, ce qui n’empêche pas l’humour de s’exprimer.
·        Je tenais à vous dire que j'ai été entièrement satisfaite de vos documents sur le "Supplément au voyage de Bougainville" qui m'ont permis d'établir un dossier sur ce livre que j’étudie en classe de première Littéraire.
Encore félicitations et bonne continuation.


- merci d'une élève de 1ere scientifique souffrant d'handicap littéraire !